Confinement et opportunité pédagogique

Faire évoluer un outil numérique au service de la production d’écrit Une collaboration en distanciel entre un enseignant, des élèves et des designers

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Un professeur solidaire et inspirant

Erwan Vappreau, professeur des écoles à la Roche-des-Grées à Messac (35) dans une classe de CM1/CM2 a assuré la continuité pédagogique de ses élèves durant le confinement en faisant preuve de créativité et avec le souci d’entretenir la motivation de ses élèves malgré la distance physique.
L’école signifiante, motivante, Erwan priorise ce levier pour enseigner et favoriser le développement de compétences de ses élèves.

Engager ses élèves dans des projets citoyens , répondre à des problématiques et des besoins en mode « Makers solidaires », ce sont ces options pédagogiques qu’il a choisi de mettre en œuvre pour ouvrir sa classe au monde extérieur, à l’entraide solidaire, la coopération et les liens intergénérationnels.

Des initiatives pédagogiques qui se prolongent par exemple par des productions d’objets tangibles réalisés à partir d’une imprimante 3D . L’enseignement des maths, du français et des sciences sont ainsi intégrés à des réalités concrètes que les élèves investissent pour construire de solides compétences scolaires. L’une des composantes essentielles d’une telle pédagogie par projets est la documentation par les élèves de leurs processus de travail. Pour instrumenter ce travail de documentation, Erwan utilise l’outil libre do•doc, conçu par l’Atelier des chercheurs, un collectif de trois designers, qu’il a eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois. Tous membres de l’association Tiers-Lieux Edu, Erwan et eux partagent des préoccupations et des enjeux similaires, et notamment la vision d’un numérique évolutif, adapté aux besoins pédagogiques des enseignants, considérés dans leurs situations et leurs pratiques singulières, à l’inverse d’une logique répandue de « solutionisme » universel.

L’ outil do•doc, conçu pour documenter et créer des récits à partir d’activités pratiques répondait pleinement à ses modalités de travail. Les élèves y sont invités à capturer des médias (textes, photos, vidéos, sons et stop-motion), à les combiner et les éditer, les mettre en page et enfin les publier, les options d’assemblage libres et rapides offrant une grande liberté d’expression aux élèves.

Des besoins émergents et leur « traduction » en fonctionnalités numériques

Au moment du confinement, les projets de classe étaient déjà lancés : Erwan a dû réfléchir rapidement pour réunir les conditions nécessaires à la poursuite de la pédagogie de projet.
Sur cette période particulière, un de ses principaux objectifs était de poursuivre le développement des compétences relatives à l’étude de la langue à travers la production d’écrit de ses élèves. Des modalités de travail à distance devaient donc être identifiées et mises en oeuvre.

Partant de l’existant, Erwan et ses élèves ont collaboré sur plusieurs semaines de manière régulière et dynamique avec l’Atelier des chercheurs pour chercher à adapter rapidement et au plus juste des besoins émergents, l’outil numérique dont lui et ses élèves avaient déjà l’habitude.

Louis Eveillard et Pauline Gourlet, deux designers de do•doc, étaient présents sur l’espace de travail de la classe, ce qui permettait aux élèves de faire vivre l’expérience et contribuer à l’évolution de l’outil lui-même.
L’observation par les designers en temps réel de l’usage que les élèves ont eu du programme, enrichie de leurs propres suggestions, a conduit à lui apporter en continu des fonctionnalités supplémentaires répondant à des besoins exprimés au fur et à mesure d’une pratique d’enseignement à distance en train de s’élaborer et des contenus produits.

Selon Erwan, ce type de collaboration représente des conditions presque idéales pour améliorer les compétences des élèves tout en adaptant l’outil numérique à la réalité du terrain, aux comportements des élèves et à leurs besoins. Cet enjeu réciproque répond ainsi aux objectifs d’apprentissage et à l’amélioration d’un service dans l’intérêt des usages exprimés par les élèves.

Une mise en œuvre et des résultats observés

Tout d’abord, pour permettre aux élèves de poursuivre leurs activités collectives de production d’écrit avec do•doc, il a fallu créer une instance en ligne de do.doc pour que les élèves puissent s’y connecter, c’est à dire installer le logiciel sur un serveur distant (do•doc s’utilisant le plus souvent "en local", c’est à dire installé sur un ordinateur).

De plus, le travail d’écriture doit être motivé selon Erwan, il est important d’initier si besoin des situations déclenchantes, encourageant ainsi à écrire pour être lu par d’autres.

C’est en ce sens que do•doc en tant qu’espace collaboratif de création de contenus prend sens dans ce scénario pédagogique.
Concrètement, il y a eu la volonté affichée d’élèves pour construire du contenu en collaboration malgré la distanciation. Un besoin d’interaction simple orienté dans un but certes de garder le lien mais aussi dans un souci d’efficacité pour améliorer son écrit et obtenir des réponses à des questions. Cela a fait émerger le besoin de discuter facilement sans avoir besoin d’utiliser une plateforme de communication ad hoc. Pour y répondre, un mode de messagerie instantanée a alors rapidement été développé et intégré directement dans l’interface de do•doc.

Un autre exemple, il y avait un besoin croissant d’accompagner les élèves en temps réel sur leurs écrits, pour guider leur méthode de travail au niveau de l’étude de la langue. Rapidement, un dispositif d’édition collaborative des textes et des options de mise en page ont été ajoutés, avec entre autres, la colorisation possible du texte (en cohérence avec ce qui était déjà fait en classe), ce qui a permis de guider les élèves presque aussi facilement qu’en classe.

Cette dynamique de travail a permis aux élèves de s’engager de façon volontaire, dans plus de 60 productions depuis leur domicile, individuellement ou à plusieurs, parfois regroupés dans des défis communs, comme actuellement pour la rédaction d’un récit imaginaire à plusieurs mains, en collaboration avec un partenaire extérieur. Un succès grandissant qui s’explique par les liens sociaux et relationnels que cette collaboration sur l’outil numérique a permis d’entretenir malgré la distance.

Ce projet innovant est le résultat d’une rencontre entre une classe et, des designers d’interaction, avec au cœur de cette rencontre une pédagogie active où l’observation fine des besoins élèves a conduit toutes les parties prenantes à interroger un outil pour l’adapter de manière itérative à de nouveaux besoins exprimés dans les conditions imposées par le confinement.

Mais l’aventure ne s’arrêtera pas à la fin de cette crise, Il est clair que cette démarche collaborative va se poursuivre pour continuer d’adapter les outils aux besoins en évolution constante. C’est d’ailleurs l’essence même du travail mené par l’Atelier des chercheurs avec ses partenaires, acteurs de l’éducation. La Dan/DSII et le réseau numérique éducatif de l’académie de Rennes est en cours de réflexion pour mettre à disposition des enseignants cette solution afin de développer les projets collaboratifs entre élèves à plus grande échelle.

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Un projet finalisé par un élève de la classe d’Erwan Vappreau
Cliquez sur l’image.


Article co-écrit avec Pauline Gourlet, Erwan Vappreau et Malika Alouani

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